E-mail:

Tél: + 33 6 72 28 77 21
+ 33 6 63 44 93 49
Ju-Jitsu
En Français

Débats


Infos-Inter
agence internationale de presse

Texte en français

L’interview à maître
Stefano Surace
par « FranceJudo »


L’enquête d’ « Infos-Inter » sur Jean-Luc Rougé et Eugène Domagata, et sur leurs agissements désastreux pour la Fédération française de
Judo FFJDA, a suscité pas mal d’émotions et de débats à l’intérieur de celle-ci.

Avec un véritable déferlements dans « France-Judo » - site on line de la FFJDA - de commentaires cinglants à l’égard de ces deux personnages, de la part de profs de Judo, syndicat des profs, dirigeants et simples pratiquants.

Le responsable de « France-Judo », Sylvain Esclapez, a alors proposé une série de questions à maître Stefano Surace, auteur du fameux rapport sur le faux Ju-Jitsu de la FFJDA d’où l’enquête d’« Infos-Inter » était partie.

Et les réponses détaillées de ce grand maître n’ont pas tardées, dans certaines desquelles Esclapez se retrouve lui-même, hélas, en mauvaise posture…

Il s’agit d’une longue interview, au contenu passionnant, même si ceux qui connaissent bien maître Surace se rendent compte qu’il n’y a parlé que d’une petite partie de son parcours exceptionnel, strictement documenté.

Peut-être pour son souci humanitaire de ne pas trop humilier ceux qui, à cause de leurs insuffisances, n’arrivent pas a supporter des faits durs comme les pierres et sont tombé, les malheureux, dans une sorte de délire anti-Surace…

Vu l’intérêt de cette interview, très attendue dans plusieurs milieux sportifs et politiques, nous avons estimé utile la reporter intégralement.

Bonne lecture…


1 - France-Judo : Pouvez vous nous présenter votre parcours martial ?

Maître Surace : Je supposais que mon parcours martial était plutôt connu, vu que depuis presque un demi-siècle les médias européens et autres ont l’amabilité de s’en occuper.

« Parcours martial » ne pouvant pas se borner à signifier, à un certain niveau, les activités physiques ou d’organisation typiques extérieurement des arts martiaux, mais comportant aussi les applications qu’on fait dans la vie des principes éthiques, stratégiques et humanistes découlant des arts martiaux supérieurs.

A ce sujet, pour me limiter aux interventions des médias les plus récents et européens, je citerai les quotidiens français « Le Monde » (à la une),
« Le Figaro », et tous les autres quotidiens de l’Hexagone grands et petits, Reporters sans frontières, l’International Helsinki Federation, le quotidien britannique « The Guardian », l’espagnol « ABC », le belge « Le Soir », les italiens « Corriere della Sera », « La Stampa », « Repubblica », «Il Giornale », « Libero », « Il Messaggero » et pratiquement tous les autres de la Péninsule, magazines à large diffusion comme « Gente », les télévisions italiennes (Rai, Mediaset) françaises, suisses, et autres, et j’en oublie.

Voire les interventions en Italie, elles aussi largement reportées par les médias, du Président de la république, du Chef du gouvernement, de l’Ordre des journalistes, de la fédération des éditeurs, de ministres, de politiques et d’intellectuels de toutes orientations, de l’extrême gauche à l’extrême droite.

Toutes sources qui ont eu la bonté de ne pas ménager les commentaires les plus aimables à mon égard, et qui peuvent donner une idée concrète sur mes applications dans la vie courante des principes strictement liés aux arts martiaux supérieurs.

En tous cas, en me voulant borner aux simples activités « physiques » (de dojo et en situations réelles) je rappellerai, par exemple, les reportages dans « Karaté Bushido » par Pierre-Yves Bénoliel (« Ju-Jitsu: le retour aux sources ») ou par Jean-Paul Maillet (« Ju-Jitsu. Les techniques du Butokukai ») ; dans le magazine italien « Samurai » par Claudio Regoli (« Nihon Butokukai JuJitsu - Rencontre avec Stefano Surace ») [ les titres des journaux étrangers je les traduis en français ] ; dans le magazine japonais «Kakutogi Tsushin» par Manabu Takashima (« France. Le JuJitsu Butokukai »); dans le magazine espagnol
« El Budoka » (« Chronique d’un stage de légende ») ; dans la chaîne de magazines « Black Belt » en anglais, « Cinturon Negro » en espagnol, « Budo international » en français et en italien, « Kampfkunst » en allemand, « Cinturao negro » en portugais (« Coupe du monde Butokukai de Ju-Jitsu ») ; dans le magazine franco-allemand « Ceinture noire » par Pierre-Yves Bénoliel (« Ju-Jitsu Butokukai. Défense contre couteau ») ; dans « Kyoiku Budo » par André Loukas (« Pour un Ju-Jitsu dynamique », « Stefano Surace, le mystérieux JuJitsu Butokukai », « Triomphe du Butokukai au palasport de Rimini en Italie devant 10.000 spectateurs ») dans le magazine italien « Il Mediterraneo » par Giovanni Boccacciari (« Dure leçon de Surace au gorille de la Reine ») ; dans les quotidiens italiens « La Voce » (« Chirac décore Stefano Surace »),
« Il Messaggero Veneto » (« Arts martiaux. La coupe du monde de ju jitsu Butokukai », « Ju-Jitsu Butokukai, Andrea Stoppa au sommet mondial »,
« Coupe du monde de ju jitsu. Stoppa vaut de l’or »,)
et « Il Gazzettino »
(« Stage de Ju Jitsu Butokukai avec le maître ») ; ou les reportages dans les émissions télé japonaises, françaises, italiennes, américaines, suisses, hongroises… et j’en oublie toujours.

Ou les reportages diffusés par des agences de presse telles, par exemple,
« Associated Press », « ANSA », « ADN-Kronos », « Infos-Inter ».

Outre certains de mes articles qu’on peut trouver même dans nos web-sites, dont je me bornerai à citer par exemple « Ca se discute sur les arts martiaux : débat libre ? » ou « Démasquons une manipulation effrontée ».

Ou bien certains de mes livres en français (« La plume et la main vide » et
« Enquête sur le Ju-Jitsu en France ») ou en italien (« Caro Pertini »).

Ainsi étant donc les choses, je supposais que mon parcours martial était suffisamment connu pour ne pas revenir sur le sujet…

Mais puisque tu me demandes également de le tracer, cela me fait supposer que tu estimes quand même utile d’en parler… Et je me dois de répondre à tes questions.

Je te préviens toutefois que pour être suffisamment exhaustif - ainsi que tu souhaites, à ce que j’ai pu comprendre - je ne pourrai pas être, hélas, très bref même si je tâcherai de synthétiser.

Bon.

J’ai été initié aux techniques et à l’éthique du Ju Jitsu Butokukai dès 1943, à l’âge de 10 ans, par mon père, professeur issu de l’Institut supérieur d’éducation physique de Rome (la grande école italienne d’éducation physique célèbre à l’époque) et l’un des dirigeants du mouvement de la jeunesse en Italie.

A la suite d’échanges discrets entre les gouvernements italien et japonais, à l’époque alliés, mon père avait été formé en Italie dans les années 30 par deux maîtres japonais - Ishiguro, 7e dan, et Matakatzu, 4e dan - au Ju-Jitsu mis au point par les grands maîtres du Butokukai.

C’est-à-dire de l’Académie impériale japonaise des Art Martiaux, qui réunissait dans son siège central à Kyoto, le Busen, entre autres les maîtres des 11 plus importantes écoles japonaises de Ju-Jitsu.

Le projet était que mon père, par la suite, devait former à ce Ju-Jitsu des centaines d’instructeurs italiens qui, à leur tour, devaient le répandre massivement parmi la jeunesse de la Péninsule.

Pourtant, une fois la formation de mon père complétée, ce projet fut interrompu par le déclenchement de la 2e guerre mondiale, mon père ayant été affecté au front yougoslave, caractérisé par une guérilla sans merci où un expert en Ju-Jitsu pouvait être fort utile.

Or, je suis né en Sicile en 1933 mais, avec le débarquement américain, ma famille dut partir dans le Nord de l’Italie.

Il y avait beaucoup de rivalité à l’époque entre Nord et Sud d’Italie et, à cause de mon accent et de mon tempérament un tantinet provocateur, à l’école je devais me battre sans cesse avec des garçons plus âgés que moi.

Voyant cela mon père, pendant une permission de 15 jours pour Noël, décida de m’initier au Ju-Jitsu pour que je puisse me défendre dans les meilleures conditions.

Pendant ces 15 jours il me fit entraîner 4 heures le matin et 4 heures l’après-midi avec, à tour de rôle, de mes petits camarades, en m’apprenant ainsi les bases de ce Ju-Jitsu.

Si bien que, lorsque je retournai à l’école, après quelques petites… démonstrations je devins l’ami de tout le monde.

A cette époque, avec la guerre, les enfants étaient un peu abandonnés à eux mêmes. Nous formions des bandes, et les bagarres étaient fréquentes.

Durant cette période de bagarres presque quotidiennes et méchantes, avec des garçons habituellement plus âgés, je pus appliquer ces techniques dans un grand éventail de situations très concrètes, et m’y peaufiner en constatant chaque fois leur efficacité étonnante.

Or, à la fin de la guerre l’Empereur du Japon, après les bombardements nucléaires d’Hiroshima et Nagasaki, pour éviter la destruction de son peuple donna l’ordre à tous les Japonais de se rendre, pour la première fois dans l’histoire de ce pays.

Mais les maîtres du Butokukai, restés liés à l’éthique traditionnelle des samouraï qui leur interdisait de se rendre (plutôt mourir honorablement) refusèrent.

Quant aux Américains, ils exigèrent que le Japon leur livre, au titre de réparation des dommages de guerre, certains secrets qu’il gardait jalousement : dont celui de la fabrication des perles artificielles et, surtout, ceux des «hauts» arts martiaux, notamment le Ju-Jitsu.

Ils arrivèrent à obtenir le secret des perles mais, quant aux arts martiaux, ils se heurtèrent au refus net des grands maîtres du Butokukai.

Ceux-ci en fait, n'ayant pas accepté de se rendre, considéraient toujours les Américains en ennemis… Pas question donc de leur livrer des secrets militaires.

Ces maîtres décidèrent alors que les arts martiaux japonais authentiques de haut niveau devaient disparaître, pour qu’ils ne tombent pas aux mains des Américains.

Ce risque fut, d’ailleurs, éliminé à la racine : la plupart de ces maîtres se firent «seppuku».

Et les Américains ne purent qu’imposer la suppression du Butokukai, par un article spécifique du traité de paix.

Pourtant deux de ces maîtres, du plus haut niveau, s’étaient refugiés secrètement en Italie, ayant été mis en contact avec mon père.

Lequel entre temps était rentré en Italie, car lui et ses soldats avaient été, pas par hasard, parmi les rares combattants italiens que les Yougoslaves n’avaient pu massacrer.

Il put donc cacher et protéger en Italie les deux grands maîtres japonais.

Lesquels, pour le remercier, lui complétèrent les connaissances en Ju Jitsu qu’il avait déjà reçues par Ishiguro et Matakatzu, en y ajoutant une série de techniques et de principes « secrets » - dans le sens qu’ils étaient réservés au plus haut niveau - dont certains mouvements dits « polyvalents » qui multipliaient l’efficacité des techniques.

Cela avec l’engagement formel, de la part de mon père, de ne jamais l’enseigner exception faite, selon la tradition, pour son fils aîné, à savoir moi-même.

Avec cela mon père devenait ce qui, dans le langage traditionnel des arts martiaux japonais, est appelé «Menkyo Kaiden», soit quelqu’un auquel a été «tout donné» d’un art martial, le grade le plus élevé dans ce domaine : traduisible pratiquement, dans un langage plus courant aujourd’hui, en 10e dan.

Lorsque, par la suite, la situation au Japon se fut suffisamment calmée, ces maîtres y retournèrent après avoir engagé mon père, pour des raisons évidentes, à ne pas révéler leurs identité.

Une fois au Japon, et jusqu’à leur décès intervenu quelques années plus tard, ils se retirèrent dans leurs maisons sans jamais en sortir, refusant tout contact avec leurs compatriotes qui, s’étant rendus, étaient à leurs yeux des sujets à ne pas fréquenter.

Entre temps j’avais assez grandi et je pus m’entraîner directement avec mon père pendant plusieurs années. Je pus ainsi bénéficier des dernières connaissances qu’il avait reçues de ces grands maîtres, qu’il ne donna à personne d’autre, en respectant ses engagements.

Avec cela je devenais, paradoxalement, moi aussi «Menkyo Kaiden» sans pourtant le savoir, mon père m’estimant trop jeune pour me le dire. Il ne me le révélera que bien plus tard, peu avant sa mort.

Je me trouvai donc à être, suite à ces circonstances exceptionnelles, probablement le plus jeune Menkyo Kaiden de tous les temps. Chargé, sans le soupçonner, de garder un savoir qui était le résultat de siècles d’expériences acquises, affinées et testées sur les champs de bataille par de longues filières de grands maîtres.

Mais, outre aux techniques, mon père m’avait formé aussi à l’éthique des arts martiaux supérieurs japonais, le Bushido : dont les règles principales sont « Gi (amour de la vérité), Yu (courage jusqu’au bout), Jin (bienveillance envers l’humanité), Rei (sens de la justice).

Si bien que, devenu journaliste, j’appliquai tout naturellement ces principes, et le journalisme devint pour moi un moyen privilégié pour me battre jusqu’au bout contre toute injustice.

Je commençais donc normalement mes enquêtes et mes campagnes de presse juste là où mes collègues «jetaient l’éponge».

Il s’agissait évidemment de sujets à risques, qui me permirent des «scoops» retentissants et m’attirèrent pas mal de popularité et d’ennuis, me mettant au centre de polémiques acharnées et de procès bruyants pour affaires de presse qui faisaient souvent le tour du monde.

Qualifié à la fois de « pirate du scandale », « plume-dynamite », « D’Artagnan du journalisme » où « héros civil », les plaintes pour délit de presse qu’on m’adressait ne se comptaient plus; mais les procès s’achevaient régulièrement en ma faveur et les tribunaux, dans leurs «attendus», montraient beaucoup d’amabilité en soulignant «la haute valeur éthique et sociale» de mes campagnes.

Tout cela me poussa à une carrière rapide: vite envoyé spécial, et ensuite directeur de plusieurs hebdomadaires italiens à large diffusion, tels ABC (célèbre dans le années 60 et début 70 pour ses «scoops» retentissants) et AZ, autre hebdomadaire spécialisé en «scoops» dont j’étais directeur, et où je disposais d’une équipe de journalistes de choix.

Des magazines étrangers à grande diffusion, tels les allemands « Quick » et
« Neue Revue » (mais aussi des agence de presse françaises) prirent l’habitude de s’appuyer sur moi pour les reportages en Italie estimés difficiles.

Un jury de journalistes, présidé par le critique Mario Tilgher, décerna en 1982 à l’un des mes livres, « Caro Pertini » (« Cher Pertini ») le prix du « Livre de l’année ».

Dans cette activité « à risque » je me trouvai aussi confronté à des situations d’agressions physiques avec danger de mort, dont certaines eurent des échos dans les médias et dont je parlerai tout à l’heure. Et si chaque fois je pus me tirer d’affaire, je le dois aux techniques Butokukai.

Par la suite, toujours en suivant ma carrière de journaliste, je me transférai dans les années 80 à Paris en tant que correspondant, accrédité par le gouvernement français, d’une agence de presse italienne.

Mon père était entre temps décédé, et je m’entraînais confidentiellement, avec quelques amis, dans une salle de l’église de la Mission catholique italienne à Paris, rue Jean Goujon dans le 8e arrdt.

De cela eut vent l’historien des arts martiaux Sylvain Salvini, ancien président de la fédération de boxe française savate, qui avait pratiqué aussi la forme de Ju-Jitsu introduite en France par maître Kawashi.

Salvini assista donc à quelques uns de nos entraînements, ce qui lui permit de saisir la différence de niveau entre ce Ju-Jitsu et ce qu’on enseignait en France sous ce nom.

Frappé par cette découverte, il s’empressa d’en parler à Pierre-Yves Bénoliel, rédacteur en chef du magazine « Karaté-Bushido », qui me demanda une interview.

Je ne sus pas opposer un refus à cette requête à la fois gentille et pressante d’un confrère journaliste, et le résultat fut un très beau reportage sur quatre pages, dont l’une des photos deviendra célèbre.

Mais le problème est que, à la fin de l’article, était indiqué aussi mon numéro de téléphone… Ce qui attira sur mes entraînements, jusque là confidentiels, une véritable ruée d’enseignants et de vieux pratiquants de plusieurs disciplines martiales, souhaitant découvrir ce Ju-Jitsu.

Parmi eux, Carmine Arbia, l’un des dirigeants à l’époque de la fédération de Taekwondo (responsable des compétitions internationales) et Daniel Mercier, professeur de physique qui enseignait aussi le Tai Chi à l’université de Jussieu, avec des cours officiels valables pour les notes d’unités de valeur.

Je fus donc obligé d’officialiser nos entraînements en fondant, avec Arbia et Mercier, le « Jujitsu Butokukai Club de France – Fédération française de Ju Jitsu Butokukai et disciplines associées (FFJJBA) ».

Mon père étant décédé, l’engagement de ne pas enseigner cet art martial était en fait terminé.

En même temps je m’assurai l’exclusivité de l’usage en France du label
« Butokukai » en le déposant à l’INPI, et je fondai le World Butokukai Institute.

Or, la rumeur de l’efficacité de notre Ju-Jitsu s’était répandue rapidement, grâce notamment à ces profs et vieux pratiquants devenus mes élèves. Si bien qu’universités, grandes écoles, organisations culturelles, fédérations sportives, clubs, entreprises, organismes publics (y compris armée et police) me demandèrent d’organiser des cours permanents et des stages intensifs pour leurs cadres, leurs personnels, leurs membres.

Ne pouvant pas satisfaire toute ces demandes, je me bornai à organiser des cours permanents pour l’université de Jussieu (Paris VI et Paris VII), l’ Ecole Normale Supérieure de Cachan, l’Institut Supérieur de Physique et Chimique de la Ville de Paris, l’université de Versailles, le Crédit du Nord, le club CKF-Bondy, la mairie de Paris (notamment dans le 5e , le 10e et le 17e arrdt), l’EDF-GDF, l’Armée (au nouveau Fort de Vincennes) la police (cours pour policiers
« de terrain » à Gambais, mais aussi beaucoup de fonctionnaires et dirigeants de police à tous les niveau s’entraînaient dans nos autres cours).

Et, hors Ile de France, à Annecy (Ecole régionale de commerce) aux universités de Chambéry et de Marseille, à Bordeaux, Gex, Villaz, Rennes, Lyon, Digne, Nice ; dans les DomTom, à l’Ile de la Réunion ; à l’étranger à Londres (université d’Oxford) à Genève (Suisse), à Madrid (Espagne), à Pordenone (Italie) à Dresde (Allemagne).

Je tenais aussi périodiquement des stages à Paris, Bordeaux, Chartres, Annecy, Gex (Ain) Villaz (Haute Savoie), Canion de la Maglia (Alpes Maritimes) La Baule, Arcachon, St Tropez, Genève, Logroño, Pordenone ; à certains desquels participaient, en tant qu’élèves, aussi des enseignants de haut niveau, japonais et occidentaux, d’autres disciplines martiales, notamment Judo et Karaté.

Evidemment ce développement si rapide fut possible grâce en grande partie aux profs de Judo, Karaté, Taekwondo, Tai Chi, Boxe Thaï qui avaient compris, ainsi que Salvini, le niveau de notre Ju-Jitsu, et se mobilisèrent pour me faire ouvrir toutes les portes nécessaires, même politiques.

Je ne connaissais pas en fait à l’époque grand monde en France, m’y étant installé depuis trop peu de temps.

Notamment je fus frappé par la gentillesse de la Mairie du 5e arrondissement de Paris (quartier où j’habitais) où entre autres tout le monde s’efforçait de me parler en italien…

Et ainsi de la Ville de Paris, qui me combla littéralement d’honneurs.

Je pus organiser ainsi d’abord deux éditions de la Coupe du Monde WBI de Ju-Jitsu en 1993 en France (à Bondy) et en 1994 en Italie (au Palasport de Rimini, avec 10.000 spectateurs) avec un règlement visant à évaluer le plus fidèlement possible le niveau d’efficacité des compétiteurs en cas de situations «réelles», «de combat total», «de survie».

Et donc où aucun réflexe, technique ou posture de protection ou d’attaque qui soit efficace en situations réelles n’était entravé, à la condition qu’on l’applique même rudement, mais sans porter atteinte grave à l’intégrité physique de l’adversaire.

Cela selon l’esprit Budo qui vaut aussi pour les situations réelles, où on vise normalement à neutraliser l’adversaire sans le blesser grièvement, sauf en cas extrêmes.

Tout cela avait fini par me passionner, vu la demande aussi montante de cette discipline, témoignant évidemment une exigence d’authenticité très ressentie dans les milieux français et internationaux des arts martiaux ; et vu l’évolution personnelle étonnante que je constatais chez mes élèves, aussi dans leur vie de tous les jours.

De plus, je sentais cette responsabilité d’assurer la survie d’un art martial faisant partie du patrimoine universel, et qui autrement se serait perdu.

Entre temps, au Japon, les milieux de haut niveau des arts martiaux s’efforçaient de récupérer le plus possible du savoir des grands maîtres jadis du Butokukai.

Savoir qui faisait partie du patrimoine profond du Japon mais que ces maîtres, en se faisant seppuku, avaient voulu faire disparaître pour qu’il ne tombe pas aux mains américaines.

Ces milieux connaissaient l’histoire de mon père et des grands maîtres qu’il avait cachés en Italie, et savaient que ceux-ci avaient légué leur savoir à lui qui les avait protégés et, comme eux, ne s’était pas rendu.

Ces milieux savaient aussi que mon père m’avait transmis ces connaissances, si bien que moi, un Occidental, je me trouvais paradoxalement à être le seul héritier existant de ce savoir nippon profondément traditionnel.

Pour récupérer lequel ils ne pouvaient donc s’adresser qu’à moi-même, pourvu que j’accepte de le leur redonner, ce dont ils n’étaient pas très sûrs.

On prit donc contact avec moi.

D’abord maître Tsuneyoshi Ogura, 10e dan (le même qui a donné les grades jusqu’au 9e dan à maître Henri Plée, le pionnier du karaté en France).

Débarqué à Paris, il m’invita publiquement à un long séjour de trois ans au Japon, tout frais payés.

Mais je ne pus accepter cette invitation si gentille, mes engagements professionnels de correspondant de presse à Paris m’obligeant à ne pas quitter l’Europe.

Par la suite maître Michio Hikitsuchi (le seul qui avait reçu son 10e dan directement de maître Ueshiba) de passage à Paris, m’invita à un dîner traditionnel dans le pavillon où il logeait.

Au cours de ce dîner, très restreint, il essaya lui aussi de me pousser à accepter l’invitation de me rendre au Japon, mais je dus encore la décliner pour les mêmes raisons.

Parmi les quatre autres personnes participant au dîner, il y en avait une qui, connaissant le cérémonial japonais traditionnel, s’étonna que le maître me traitait selon le cérémonial « d’égal à égal ».

Il lui en demanda la raison, et la réponse fut « ce monsieur connait les arts martiaux à un très haut niveau », son ton décourageant toute autre question.

Le fait que je n’acceptais pas d’aller au Japon créait pourtant une impasse aux efforts des maîtres japonais pour récupérer les enseignements supérieurs du Butokukai.

Toutefois, entre temps, le rôle d’organisme régissant l’ensemble des arts martiaux japonais, couvert jusqu’en 1945 justement par le Butokukai, avait été assumé par la « All Japan Budo Federation - Nippon Seibukan » présidée par maître Masafumi Suzuki.

Lequel alors décida, en 1992, de faciliter l’élimination de cette impasse en reconnaissant formellement mon Menkyo Kaiden avec une attestation spécifique.

Cette attestation me fut transmise, avec beaucoup de diplomatie (car on n’était pas encore sûr que je l’accepte, tandis qu’en réalité je m’en sentais honoré) par son représentant en Europe, maître Vernon C. F. Bell, président de la European Ju Jitsu Union, et par son bras droit, maître Javier Galan Vazquez.

European Ju Jitsu Union qui par la suite, au nom aussi de la International Ju Jitsu Federation qu’elle représentait en Europe, ajouta à mon grade traditionnel de Menkyo Kaiden celui moderne de 10e dan, et la charge de directeur technique pour l’Europe.

Le 10e dan me fut ensuite reconnu aussi par toute une longue série d’organismes internationaux et nationaux : IJJF, AJBFSA, WUMA, ATAMA, WBFOMA, IBA, IHF, BI, IBS, KBK, ESJJAS, ASAY, WJJABF, AYBK, HNL, qui me couvrirent eux aussi de gentillesses.

Cela permit des échanges intéressants entre notre discipline et les milieux mondiaux de haut niveau des arts martiaux, grâce aussi à des stages en Espagne et à Paris, auxquels participaient de maîtres hauts gradés de différents pays et à des échanges de visites entre maîtres.

Je citerai aussi, parmi les tentatives de contact, celui d’une association privée qui, grâce au fait qu’entre temps les Etats-Unis avaient révoqué l’interdiction d’utiliser au Japon le mot Butokukai, avait assumé cette dénomination et, représentée par quelqu’un appelé Hamada, essayait de se présenter comme l’héritière du vieux Butokukai.

Cette association me proposa de la représenter en France, mais je refusai car j’avais déjà accepté d’y représenter le Nippon Seibukan de maître Masafumi, qui ne la reconnaissait pas.

Cela n’empêche que quelques uns de ses membres sont sûrement de bonne foi, et avec eux je garde donc des bons rapports personnels.

Reste le fait qu’il ne suffit pas fonder une association privée en lui donnant le nom « Butokukai » pour pouvoir prétendre qu’elle soit l’héritière légitime du Butokukai d’avant guerre…

Pour cela il faudrait en avoir hérité le savoir… Ce qui n’était pas manifestement le cas pour cette association.

De plus, moi personnellement je n’ai rien contre les Américains, mais il me semblait étrange que le « siège international » de cette association soit aux Etats-Unis…. Il y avait de quoi faire se retourner dans leurs tombes les grand maîtres du Butokukai, qui s’étaient suicidés pour ne pas avoir à faire justement, avec les Américains.

Entre temps ce qui précède n’avait pas tardé à attirer l’attention des autorités françaises. Si bien que, en 1993, M. Jacques Chirac me décora pour mes
« mérites de journaliste, écrivain, maître d’arts martiaux de renommée internationale, éducateur de jeunes et créateur de champions » et pour « avoir fait renaître à Paris le Ju-Jitsu authentique de haut niveau » qu’on pensait désormais perdu même au Japon.

Or, en France les autorités quelques années auparavant avaient confié l’enseignement du Ju-Jitsu à la fédération de Judo FFJDA, mais étaient désormais bien conscientes que ce qu’elle enseignait n’avait pas grand chose à voir avec ce prestigieux art martial.

N’étant qu’une tentative d’appliquer le judo, discipline sportive, à la self défense, ce qui la rendait même dangereuse pour qui l’utilisait, facilitant l’action de l’adversaire.

Cette situation comportait des conséquences négatives non seulement pour la jeunesse française, privée de pratiquer une discipline profondément formative tel le Ju-Jitsu authentique, mais aussi pour la police, la gendarmerie, l’armée, lesquelles étaient obligées de rechercher l’efficacité dans toutes sortes d’autres disciplines, avec des résultats souvent décevants.

Qu’il suffise de dire que la police française était la seule au monde à ne pas former ses effectifs au Ju-Jitsu, se refusant d’adopter celui présenté par la FFJDA comme « officiel » pour la France.

En l’estimant justement inefficace, et même suicidaire, dans les situations réelles, et donc loin de donner aux policiers des garanties suffisantes de sécurité sur le terrain, et de ne pas faire de bavures, ainsi que souligné même par leurs organismes professionnels.

Même situation pour la gendarmerie nationale et l’armée, qui s’entraînaient à tout sauf à ce « Ju-Jitsu » de la FFJDA.

Cela mettait la France dans un état d’infériorité face aux autres pays européens dans des secteurs si délicats (qu’il suffit de dire que les « bobby » britanniques pouvaient se permettre de n’être pas armés étant entraînés, eux, à une forme assez performante de Ju-Jitsu).

Il s’avérait en outre que beaucoup de judokas de la FFJDA, au moment de s'orienter vers la pratique du Ju-Jitsu - évolution tout à fait naturelle, prévue même par le fondateur du Judo, maître Kano – ne trouvaient pas d’autre solution que de chercher l’efficacité ailleurs, abandonnant massivement cette fédération.

On assistait donc au spectacle de quantité d’ex judokas tournant en rond des années durant, passant par exemple d’abord au karaté ou au taekwondo pour y apprendre des atémis, ensuite à l’aïkido pour y apprendre des clés… Et ensuite essayer d’autres disciplines se présentant sous une série impressionnante de noms chinois, japonais, vietnamiens, thaïlandais, indiens, malais, français, etc. etc…

Avec pour résultat de se retrouver régulièrement avec quantité de reflexes souvent en conflit entre eux… Ce qui normalement ne contribuait pas beaucoup à leur efficacité.

La FFJDA donc, ne pouvant offrir un Ju-Jitsu digne de ce nom, voyait se volatiliser de plus en plus vite ses propres effectifs jeunes et adultes, et avec eux s’écrouler le nombre des licences et donc les subventions, vu que pour chaque licence l’Etat ajoutait un joli versement.

Le charme insuffisant du « Ju-Jitsu » de la FFJDA faisait donc fuir massivement ses judokas et renforcer les effectifs des fédérations de Karaté, Taekwondo et des dites disciplines variées…

Or, pour remédier à cette volatilisation de licences et donc de subventions, les responsables de la FFJDA ne trouvèrent rien de mieux que de recruter massivement des enfants de moins en moins âgés, avec le résultat de transformer une grande partie de ses dojos en garderies.

Lesquelles se trouvaient confiées à des hommes, et non pas à des femmes comme dans les garderies normales. Ce qui – et ce n’était pas difficile à prévoir, vu les temps qui courent – ne pouvait qu’ouvrir la porte à des phénomènes de pédophilie, facilités en plus par les contacts physiques comportés normalement par le Judo.

Si bien que la magistrature dut intervenir avec plusieurs condamnations qui arrivèrent même, dans un cas, à 20 ans de réclusion criminelle (il s’agissait d’un professeur de Judo 7e Dan de la FFJDA).

Ce qui salissait fatalement l’image d’une catégorie comme celle des profs de Judo, formée en réalité pour 99,99% d’éléments très corrects.

Tout cela aurait donc dû pousser les responsables de la FFJDA à la prudence élémentaire d’arrêter ce recrutement d’enfants, et cette prolifération de dojos-garderie.

Au contraire, ils persistaient sans se gêner, arrivant à lancer de la publicité massive, même à la télé, pour pousser les parents à envoyer leurs enfants à…
« jouer au Judo » !

Il était donc clair qu’ils ne se souciaient pas des risques que les enfants pouvaient encourir, et de ladite mauvaise image qui planait injustement sur les profs de Judo… Ce qui intéressait ces dirigeants n’étant que le côté argent.

Côté pour lequel l’un des responsables de la FFJDA, M. Jean-Luc Rougé (d’abord directeur technique national, ensuite directeur administratif et actuellement président) semblait avoir un penchant remarquable : par exemple, s’étant présenté comme candidat à des élections législatives, il avait été déclaré inéligible par le Conseil Constitutionnel, car il n’avait pu expliquer où il avait pris l’argent qu’il avait largement dépensé pour sa campagne électorale.

Ce qui avait fait penser qu’il l’avait détourné des fonds de la FFJDA.

Ensuite le même Rougé, en tant que directeur administratif, eut du mal à faire connaître les comptes de la FFJDA, si bien que le tribunal administratif de Paris condamna cette fédération à les communiquer sous astreinte d’une pénalité par jour de retard.

En outre, à la suite d’autres « affaires », le Grand Orient de France le désavoua publiquement et l’expulsa.

Or, l’origine de ces problèmes plutôt catastrophiques de la FFJDA était donc l’insuffisance de ce que ses dirigeants présentaient comme Ju-Jitsu, et qui poussait donc les judokas jeunes et adultes à partir chercher ailleurs quelque chose d’authentique et d’efficace.

Avec pour conséquence la baisse galopante de licences, qu’on avait essayé de « compenser » par ce recrutement massif d’enfants.

Tout cela ne manqua pas d’inquiéter de plus en plus les autorités françaises, qui essayèrent de résoudre le problème en « poussant » avec fermeté les responsables de la FFJDA (précisément le même M. Rougé et M. Eugène Domagata, directeur technique du secteur Ju-Jitsu) à me contacter, pour qu’ils adoptent notre Ju-Jitsu dont l’efficacité, de plus non violente, étaient bien connue ce qui aurait aussi permis entre autre de récupérer les jeunes et les adultes.

Ce projet était commenté favorablement aussi par la presse.

(suite de l'interview)